Qui peut gérer 5 millions d’euros en portefeuille : les acteurs agréés

En France, seul un professionnel agréé peut gérer un portefeuille pour le compte d’un tiers, et à partir de 5 millions d’euros cela désigne la banque privée, la société de gestion de portefeuille (SGP) agréée par l’AMF et le family office. Le conseiller en gestion de patrimoine, lui, conseille mais ne passe pas d’ordres à la place du client.

Aucun texte ne fixe de seuil à 5 millions d’euros : ce montant est un seuil commercial, choisi par chaque établissement selon sa rentabilité.

Gérer un portefeuille pour autrui : ce que dit la réglementation

La gestion de portefeuille pour compte de tiers fait partie des services d’investissement, qui sont réservés à des prestataires autorisés. Le Code monétaire et financier en fait une activité encadrée, et l’AMF surveille les sociétés qui l’exercent.

Deux modes d’intervention existent, et la différence compte pour savoir qui peut faire quoi. En gestion sous mandat, le gérant décide seul des achats et des ventes dans le cadre fixé par le client. En conseil en investissement, le professionnel recommande, mais c’est le client qui valide chaque opération.

Quand on cherche un site de conseil financier pour particulier en France, cette frontière est la première à vérifier : un cabinet qui se présente comme gérant doit disposer d’un agrément de gestion, pas seulement d’un statut de conseil.

La conséquence pratique est simple : un cabinet qui ne dispose d’aucun agrément de gestion peut vous présenter une stratégie, mais il ne peut pas exécuter lui-même les arbitrages sur votre portefeuille. Si un interlocuteur vous propose de « tout gérer » sans pouvoir produire cet agrément, la question de son statut se pose avant celle de sa performance.

La banque privée et sa gestion sous mandat

La banque privée s’adresse aux clients fortunés avec un interlocuteur unique, qui coordonne le placement, le crédit et la transmission. Elle propose des profils de mandat (prudent, équilibré, dynamique) dans lesquels le gérant de la banque arbitre le portefeuille.

Un guide publié par un multi-family office situe l’accès à la banque privée standard entre 500 k€ et 5 M€ d’actifs, avec des frais de 1,8 à 2,3 % par an, tous frais embarqués. Ces chiffres sont des ordres de grandeur indicatifs, publiés par un acteur concurrent : ils se vérifient toujours auprès de la banque.

La banque privée accorde aussi du crédit lombard, un prêt garanti par le portefeuille, ce qui évite de vendre des titres pour dégager de la trésorerie. Pour la gestion courante des comptes, voir l’optimisation de la gestion quotidienne en banque privée.

Rapports de portefeuille et stylo posés sur un bureau

La limite principale tient aux produits : les fonds proposés dans un mandat sont souvent ceux du groupe bancaire, ce qui réduit l’architecture ouverte que revendiquent les sociétés indépendantes.

Le choix du profil de mandat engage le client pour plusieurs années. Un profil dynamique accepte des variations de valeur plus fortes qu’un profil prudent, et la convention doit préciser les classes d’actifs autorisées, les plafonds par ligne et les cas où le gérant doit vous prévenir.

Les sociétés de gestion de portefeuille indépendantes

Une société de gestion de portefeuille doit obtenir un agrément de l’AMF avant d’exercer. Elle gère des mandats individuels pour des clients fortunés, ou des fonds ouverts à plusieurs investisseurs, sans dépendre d’un réseau bancaire.

Le gérant ne détient pas les avoirs du client : ils restent déposés chez un établissement dépositaire, ce qui sépare la décision d’investir de la garde des titres. Le client conserve ses titres même si la société de gestion disparaît, ce qui limite le risque de détournement.

Le mandat impose aussi des règles de diversification. Un portefeuille de plusieurs millions d’euros ne peut pas reposer sur une valeur unique, comme le montre le risque d’une valeur isolée dans un portefeuille.

Cette indépendance se paie par des frais de gestion propres à chaque société, et par un interlocuteur qui ne propose ni crédit ni compte courant : il faut alors articuler la gestion avec la banque qui tient les comptes du client.

Conseiller en gestion de patrimoine et family office : conseiller n’est pas gérer

Le conseiller en gestion de patrimoine (CGP) exerce généralement avec le statut de conseiller en investissements financiers (CIF), vérifiable sur les registres de l’ORIAS et de l’AMF. Il analyse la situation du client, recommande des placements et l’oriente vers un gérant, mais ne prend pas de décision d’investissement à sa place.

Le family office va plus loin : il coordonne l’ensemble du patrimoine, financier, immobilier, juridique et fiscal. Un multi-family office sert plusieurs familles et mutualise les coûts, alors qu’un single family office n’en sert qu’une, avec une équipe dédiée.

Le guide déjà cité place le multi-family office entre 2 M€ et 50 M€ de patrimoine, et le single family office à 50 M€ ou plus. Pour les familles dont les intérêts sont à l’étranger, un cabinet spécialisé peut adapter la stratégie, comme l’explique la gestion du patrimoine des expatriés.

Concrètement, un client qui détient 5 millions d’euros peut combiner plusieurs de ces acteurs : un CGP pour la vue d’ensemble, une SGP pour la gestion financière, une banque pour les comptes et le crédit. Chaque intervenant doit alors être identifié et contrôlé séparément.

Seuils d’entrée et frais de gestion selon l’interlocuteur

Le tableau suivant compare les quatre interlocuteurs. Les seuils et frais chiffrés viennent du guide d’un multi-family office : ce sont des pratiques commerciales, pas des règles.

Interlocuteur Rôle Seuil d’entrée constaté Rémunération
Banque privée Gestion sous mandat, crédit, conseil 500 k€ à 5 M€ 1,8 à 2,3 % par an, tous frais embarqués
Société de gestion de portefeuille Gestion sous mandat ou fonds, agrément AMF Fixé par chaque société Frais de gestion sur encours
Conseiller en gestion de patrimoine Conseil, orientation vers un gérant Variable selon le cabinet Honoraires ou rétrocessions
Multi-family office Coordination de tout le patrimoine 2 M€ à 50 M€ 0,8 à 1,2 % d’honoraires

Sur 5 millions d’euros, un point de frais annuel pèse 50 000 euros par an. Comparer les frais tout compris, enveloppe, mandat et fonds cumulés, change donc fortement le coût réel d’une même stratégie.

Bureau avec calculatrice et contrat de gestion signé

Un family office dédié à une seule famille a un coût de structure fixe, qui ne se justifie qu’à partir de plusieurs dizaines de millions d’euros. À 5 millions, la banque privée, la SGP ou le multi-family office sont les solutions réalistes.

Vérifier l’agrément d’un gérant avant de lui confier son patrimoine

Avant de signer, il faut contrôler que la société dispose des autorisations nécessaires pour exercer en France. L’AMF publie des listes noires de sociétés non autorisées ou qui usurpent l’identité d’un acteur régulé, mais elles ne sont pas exhaustives : l’absence d’une société sur ces listes ne prouve pas qu’elle soit agréée.

L’AMF tient aussi des listes blanches, et l’outil I-SCAN donne accès aux listes noires de plus de 150 régulateurs. Pour un CIF, le registre de l’ORIAS permet de contrôler l’immatriculation.

Les signaux d’alerte sont simples : un démarcheur inconnu, une promesse de rendement très élevé sans risque, une décision à prendre vite, ou un virement demandé vers un RIB à l’étranger. Mieux vaut aussi demander la convention de mandat, le profil de risque et le modèle de reporting.

Les équipes de gestion ont aussi une compétence à faire valoir : le niveau de qualification des analystes financiers se mesure notamment à la rémunération des analystes financiers.

Au-delà de 5 millions d’euros, c’est la convention de mandat qui fixe ce que le gérant a le droit de faire, et c’est elle qu’il faut lire avant toute signature.

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